L’e-voting est plus que jamais une priorité pour la Cinquième Suisse

L’e-voting est plus que jamais une priorité pour la Cinquième Suisse

Dans une interview accordée à swissinfo.ch, Remo Gysin, le président de l’Organisation des Suisses de l’étranger (au centre), a dénoncé le manque de leadership du gouvernement en matière de vote électronique. 

(Adrian Moser / ASO)

Les Suisses de l’étranger ne désarment pas. Malgré le fiasco récent, ils exigent que la Confédération et les cantons mettent à disposition un système de vote électronique «fiable, digne de confiance et financièrement supportable».

La date du 20 octobre aurait dû représenter le couronnement des efforts entrepris pour la généralisation du vote électronique, le gouvernement suisse s’étant fixé comme objectif son introduction dans deux tiers des cantons lors des élections fédérales de 2019. Au lieu de cela, il s’agira d’une date noire dans les annales des Suisses de l’étranger, puisqu’aucun électeur, en Suisse et à l’étranger, ne pourra élire ses représentants par Internet.

Empêcher un nouveau fiasco

Profondément déçu, mais déterminé, le Congrès des Suisses de l’étranger (CSE) ne se résigne pas à un report aux calendes grecques et passe immédiatement à la contre-attaque. Réuni vendredi à Montreux, le «Parlement de la Cinquième Suisse» a adopté une résolution invitant le Conseil fédéral et les cantons à s’engager sans équivoque pour que le fiasco de cette année ne se reproduise pas lors des élections de 2023. «Au contraire, la grande majorité des cantons doit être en mesure de proposer le vote électronique dans ce délai», souligne le texte adopté par la grande majorité des 98 délégués du CSE. 

Ces derniers attendent également du Conseil fédéral, au-delà de son rôle de régulateur, qu’il assume le leadership pour le développement et la mise en place du système de vote électronique et qu’il assure son financement. 

Au cours des débats, il a été souligné que la sécurité et le secret du vote en ligne doivent être garantis aux Suisses de l’étranger. D’autre part, les délégués du CSE sont convaincus que, grâce à l’expérience acquise dans les différents cantons, il est désormais possible de développer des systèmes de vote électronique de deuxième génération qui offrent des garanties dans un délai raisonnable.

Les efforts conjoints de la Confédération, des cantons et des fournisseurs de systèmes doivent maintenant aller dans cette direction, souligne le CSE. Le Parlement de la Cinquième Suisse suggère en particulier que les autorités fédérales et cantonales «examinent si un nouveau parrainage public peut continuer à développer le code source de Genève en coopération avec la communauté scientifique».

Un problème «politique»

«Le problème n’est pas technique, mais politique», a déclaré le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga. A l’instar du député genevois, d’autres délégués ont également souligné que les membres du CSE ainsi que l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) devraient intensifier leur travail de sensibilisation au sein des partis et auprès des parlementaires afin de les sensibiliser à cette thématique brûlante. Sans l’e-voting, une grande partie des Suisses de l’étranger ne peuvent en effet pas exercer leurs droits politiques en raison de la lenteur des services postaux dans leurs pays de résidence respectifs.

A l’ère du tout numérique, le vote électronique est essentiel pour les Suisses de l’étranger mais également pour l’ensemble de l’électorat suisse, ont relevé plusieurs délégués. Un sondage mené par le Centre pour la démocratie d’Aarau a montré que 71% des Suisses sont favorables au vote électronique, a déclaré Franz Muheim, membre du comité de l’OSE.

Si les systèmes de vote électronique sont entièrement développés en Suisse, ils constitueront «une immense opportunité pour l’innovation suisse», a ajouté un délégué. Cet argument devrait également contribuer à préserver le soutien de la population en faveur du troisième canal de vote. Un soutien sur lequel le CSE espère pouvoir compter pour exercer un effet de levier sur les autorités. 

Traduit de l’italien par Samuel Jaberg,