La recherche, le cinéma et les universités souffrent encore du frein à l’immigration

Deux ans après son exclusion des programmes Horizon 2020, Media et Erasmus+, la Suisse continue de panser ses plaies. Les mesures compensatoires mises en place par la Confédération ne suffisent pas. Les professionnels dénoncent un climat de plus en plus incertain. 

La recherche, le cinéma et les universités souffrent encore du frein à l’immigration

Lundi 10 mars 2014: les étudiants manifestent à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne contre l’exclusion de la Suisse des programmes Erasmus+ et Horizon 2020. 

(Keystone)

On pourrait en quelque sorte les appeler les «dommages collatéraux» du vote du 9 février 2014. A la suite de l’acceptation par le peuple suisse de l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», l’Union européenne a suspendu la participation de la Suisse aux programmes européens Horizon 2010, Erasmus et Média, aussi longtemps que le différend sur la libre circulation des personnes ne sera pas résolu.

swissinfo.ch a interrogé des professionnels actifs dans ces secteurs pour faire le point de la situation deux ans plus tard.

Horizon 2020: des chercheurs suisses «considérés avec suspicion»

Grâce à un accord conclu avec l’Union européenne, la Suisse a réussi à sauver – temporairement – sa participation au programme européen «Horizon 2020», la «Ligue des Champions» de la recherche européenne.

«Il y a encore beaucoup de confusion et d’incertitude en ce qui concerne le statut de la Suisse. Nous devons régulièrement expliquer que les échanges sont encore possibles, même si nous ne faisons plus partie d’Erasmus+», affirme Denis Dafflon, responsable du service des relations internationales à l’Université de Lausanne. Un sentiment partagé par l’Université de Zurich, qui constate également une augmentation des charges administratives.

«La communication avec les universités en Italie, en France, en Espagne, au Royaume-Uni et en Europe de l’Est est devenue un peu plus compliquée. En outre, certaines parmi les meilleurs institutions de la planète ont décidé de cesser la collaboration avec Zurich dans le domaine de la mobilité, ce qui est bien sûr très regrettable», affirme Josias Planta, responsable du service des relations internationales de l’institution zurichoise.

Erasmus+ n’est cependant pas uniquement un programme de mobilité estudiantine. Il prévoit également le financement de projets de recherche dans le domaine de l’éducation. C’est dans ce secteur que les universités sont confrontées à des problèmes majeurs. La Suisse n’est plus autorisée à coordonner des projets européens. Et même pour participer en tant que simple partenaire, elle doit démontrer qu’elle peut offrir une valeur ajoutée. En 2014, l’Université de Lausanne a perdu la direction de deux projets européens. L’Université de Zurich a quant à elle dû céder les commandes d’un projet pourtant né au sein de l’institution.

L’incertitude est palpable. «Le prochain test sera mené à l’été/automne 2016, lorsque l’Université de Zurich prolongera environ 200 accords d’échange. Selon le SEFRI, le parlement se prononcera seulement en décembre sur la prolongation des mesures transitoires. Encore une fois, nous devrons compter sur la bonne volonté et la confiance de nos partenaires», conclut Josias Planta. 

(Traduction de l’italien: Samuel Jaberg),