La préservation du climat passera par de nouveaux régimes alimentaires

La préservation du climat passera par de nouveaux régimes alimentaires

Les experts du GIEC préconisent une réduction de la consommation de viande et une modification des régimes alimentaires.

(Keystone / Marcel Bieri)

Gestion des terres, production agricole et alimentation doivent changer en profondeur pour limiter le réchauffement climatique. Dans son rapport publié jeudi, le GIEC appelle notamment à manger moitié moins de viande.

Réuni depuis vendredi dernier à huis clos à Genève, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a établi un rapport spécial consacré aux liens entre les dérèglements climatiques, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des terres et la sécurité alimentaire.

Les délégations des 195 pays membres, dont la Suisse, l’ont approuvé mercredi avant sa présentation publique.

Appel à agir sans délai

Le document d’une soixantaine de pages observe que la croissance démographique mondiale couplée à des mutations des habitudes alimentaires font peser une pression inédite sur les terres arables et les réserves d’eau. Les experts du GIEC ne préconisent pas l’arrêt, mais une réduction de la consommation de viande et une modification des régimes alimentaires.

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«Retarder le passage à l’action pourrait avoir pour conséquence des effets irréversibles sur certains écosystèmes, avec à long terme le risque de conduire à une augmentation considérable des émissions (de gaz à effet de serre) qui accélérerait le réchauffement climatique», écrivent-ils.

L’utilisation des terres génère près d’un quart des émissions

L’agriculture, l’exploitation forestière et d’autres activités liées à l’utilisation de la terre représentent, sur la période 2007-2016, quelque 23% des émissions nettes de gaz à effet de serre liées à l’activité humaine. En y ajoutant les industries de transformation des aliments, cette part monte à 37%.

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«C’est un enchaînement désastreux: des terres limitées, une population humaine en expansion, le tout enveloppé dans la couverture suffocante de l’urgence climatique», commente Dave Reay, professeur spécialisé dans les techniques de gestion du carbone à l’université d’Edimbourg.

Forte augmentation du prix des céréales

Entraînant une augmentation des canicules, sécheresses, précipitations intenses et de la désertification, le réchauffement risque de perturber la production agricole, de réduire les rendements et d’augmenter les cours. D’ici 2050, le prix des céréales devrait connaître une augmentation médiane de 7,6%, avec des conséquences immédiates sur la sécurité alimentaire des populations les plus pauvres.

A l’échelle de la planète, la production d’huiles végétales et de viande par personne a plus que doublé depuis 1961. Avec des écarts d’alimentation considérables selon les pays et des effets variables sur les populations: la planète compte 2 milliards de personnes en surpoids ou obèses mais aussi 821 millions de personnes victimes de sous-nutrition. Par ailleurs, 25 à 30% de la production agricole est perdue ou gâchée.

La consommation de viande dans le collimateur

«Notre impact sans précédent sur les terres agricoles est dû en grande partie à l’expansion de l’agriculture industrielle et de la production de viande» relève Reyes Tirado, scientifique rattaché au laboratoire de recherche de l’ONG Greenpeace à l’université d’Exeter.

Pour sortir de cette «surconsommation», il appelle à réduire de 50% la consommation de viande dans nos alimentations «avec des baisses encore plus drastiques de l’ordre de 70 à 90% dans certains pays d’Europe de l’Ouest ou d’Amérique du Nord».

Le GIEC préconise davantage de graines, fruits, légumes et de nourriture animale durable et responsable de peu d’émissions de gaz à effet de serre. Cette transformation des productions agricoles permettrait également d’accroître la superficie des forêts, qui sont autant de «pièges» à carbone.