«Je veux donner une voix aux vaches»

«Je veux donner une voix aux vaches»

Grâce au paysan, Milena et Rahel ont toujours leurs cornes.

(swissinfo.ch)

Persuader 100’000 personnes de s’inquiéter du sort des vaches avec ou sans cornes s’apparente à un véritable tour de force. Armin Capaul l’a fait, presque seul. Portrait d’un agriculteur déterminé et combatif.

Joues rosées, moustache et barbe blanche, Armin Capaul est un personnage haut en couleur. Lors d’une journée d’hiver, nous le rencontrons emmitouflé dans des couches de tricots à motifs et un foulard rouge. Une musique rock-country s’échappe de sa voiture d’un bleu éclatant. 

«Connaissez-vous J.J. Cale? Il est une âme sœur pour moi», confie Armin Capaul, en parlant du défunt auteur-compositeur américain. J’ai bien dû admettre que je n’en avais jamais entendu parler, tout en craignant que notre rencontre débute ainsi sur de mauvaises bases. Il s’est toutefois contenté de rire, et de rigoler encore davantage en voyant mes yeux s’écarquiller à la vue du chemin étroit et sinueux menant à sa ferme de 17 hectares, perchée sur les hauteurs du Jura bernois. Vaches, taureaux, chèvres, moutons, ânes, poules, chiens et chats s’y côtoient.

«Vous pouvez mettre ceci», propose Armin Capaul. Il pointe la paire de chaussons destinée aux invités, en entrant dans la cuisine lumineuse et chaleureuse. Son épouse, une jolie femme avec une longue tresse grise, met de côté son tricot et m’offre une tasse de thé Chai.

Armin Capaul conduit les veaux affamés à leur mère et les laisse se nourrir, pendant qu’il allume une cigarette et s’assied sur un banc à côté d’eux.

«C’est ici que je médite», raconte-t-il, en contemplant ses vaches brunes – chacune avec son impressionnante paire de cornes brillantes. Il m’encourage à toucher celle de Nevada pour que je ressente la chaleur qu’elle dégage – en particulier près de la tête. Je constate que c’est vrai et que le fait que je touche sa corne ne la dérange pas. Au contraire, elle me regarde avec de grands yeux en continuant de ruminer.

Armin Capaul est un homme facile à vivre mais il a deux règles concernant les photos. La première est qu’il doit avoir son chapeau sur la tête – «pour cacher sa tâche dégarnie», plaisante sa femme. L’autre est plus sérieuse: le flash est banni de son écurie pour ne pas faire sursauter les vaches – dont l’une a eu une fausse couche après un shooting photos.

Des chèvres et des moutons vivent aussi dans la grange. Ils ont un enclos spécial avec diverses structures sur lesquels ils peuvent grimper. «C’est encore pire d’être écorné pour une chèvre. Elles ont une peau si fine que l’opération est très douloureuse», indique Armin Capaul.

Même si son initiative est acceptée, le paysan n’en profitera pas lui-même puisqu’il sera retraité. «Je ne fais pas cela pour me faire de l’argent. Je le fais pour les animaux», dit celui qui a déjà investi 55’000 francs en cinq ans. «Je veux donner une voix aux vaches et amener le peuple à réfléchir à cette problématique», clame-t-il.

Prochaine étape

Le 23 mars, Armin Capaul a déposé son initiative munie de 120’859 signatures valides de citoyens suisses à la Chancellerie fédérale. Lorsque les paraphes auront été contrôlées, le gouvernement devra soumettre sa proposition en votation fédérale.

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(Adaptation de l’anglais: Katy Romy),