J’ai voulu être pauvre en Suisse pendant un mois – un vrai stress

J’ai voulu être pauvre en Suisse pendant un mois – un vrai stress

Acheter systématiquement les aliments et les produits les moins chers au supermarché fait une différence appréciable à la fin du mois.

(Ester Unterfinger/swissinfo.ch)

En Suisse, la pauvreté a augmenté de 20% ces dernières années. Une personne sur douze est considérée comme pauvre. Mais que peut-on ressentir en vivant un peu serré dans l’un des pays les plus riches du monde? Découvrez cette expérience.

Je veux vivre pendant un mois avec le minimum vital. Pour commencer, je me rends à l’aide sociale de Berne pour demander dans quelle mesure je devrais diminuer mon standard de vie si je vivais de l’aide sociale.

J’ai voulu être pauvre en Suisse pendant un mois – un vrai stress

Ce chariot de courses moyen dans un supermarché Migros coûte environ 165 francs et suffit pour sept petits déjeuners et environ 14 repas principaux. Ceux qui achètent de cette façon dépensent en moyenne 560 francs par mois et par personne en nourriture.

(Ester Unterfinger/swissinfo.ch)

J’ai voulu être pauvre en Suisse pendant un mois – un vrai stress

Ce chariot de course rempli d’aliments et de produits premier prix au supermarché Migros coûte environ 53 francs et suffit pour sept petits déjeuners et environ 14 repas principaux. Ceux qui achètent de cette façon dépensent en moyenne 122 francs par mois et par personne en nourriture.

(Ester Unterfinger/swissinfo.ch)

Je m’aperçois rapidement que je peux économiser beaucoup sur la nourriture, les produits de nettoyage, la lessive et les produits de soin en choisissant systématiquement les produits les moins chers lors des courses hebdomadaires. Ce faisant, je remarque qu’il faut de la discipline pour n’utiliser que des produits bon marché – mais l’achat est beaucoup plus rapide et facile, car je n’ai pas besoin de beaucoup me casser la tête en raison du manque de choix. Sinon, soyons honnêtes: je peine à m’y retrouver au milieu de 47 sortes de yogourt.

J’ai voulu être pauvre en Suisse pendant un mois – un vrai stress

(Kai Reusser / swissinfo.ch)

3.       Transports

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Ici, ça devient difficile. Uniquement pour l’abonnement me permettant d’aller de mon domicile à mon travail, je paie 159 francs par mois. A cela s’ajoute l’abonnement demi-tarifLien externe et le prix de billets pour me rendre chez des amis et des membres de ma famille, qui vivent aux quatre coins de la Suisse.

Un simple aller-retour entre mon domicile, dans le canton de Berne, et celui de mes parents, à Zurich, coûte 59 francs avec le demi-tarif.

Pendant ce mois d’essai, je peux acheter des billets dégriffés sur l’application de CFF. Cela me coûte entre 7 et 28 francs par trajet. Cependant, ces billets dégriffés sont contraignants: ils doivent être achetés bien à l’avance, ils sont liés à un horaire précis et il n’y a des offres qu’aux heures creuses. J’informe donc mes parents que je leur rendrai visite dimanche à 11h30, dans quatre semaines. J’ai de la chance; ça leur convient.

4. Frais de santé

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Une molaire me fait mal depuis plusieurs semaines. J’ai peur que ce soit une carie. Je reporte ma visite chez le dentiste à la fin du mois d’essai. En effet, un plombage coûte plusieurs centaines de francs.

Concernant l’assurance maladie, j’ai opté pour la franchise la plus haute et pour le modèle économique auprès de l’assurance la moins chère. Malgré tout, je dois encore payer près de 250 francs de primes par mois. Et en raison de ma franchise élevée, je dois payer tous les soins moi-même jusqu’à concurrence de 2500 francs par an. Quant aux soins dentaires, aux lunettes et aux transports en ambulance, ils sont de toute façon à ma charge. Heureusement, je reste en bonne santé pendant le mois d’essai.

5. Habits et meubles

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Je commande des vêtements de seconde main sur des plateformes d’enchères en ligne. C’est beaucoup moins cher que des vêtements neufs. Mais il devient rapidement évident qu’il est difficile de trouver des vêtements adaptés sans avoir la possibilité de les essayer. Avec un budget aussi serré, je ne peux pas me permettre d’acheter les mauvais vêtements. Je laisse donc tomber.

J’ai acheté mes meubles presque exclusivement d’occasion via Internet, qui a toujours bien fonctionné. Mais dans la brocante du coin, je ne trouve que de la ferraille, des tétines de toutes couleurs et formes, des couvertures brodées et des radios anciennes. Bref, rien dont les gens ont vraiment besoin.

Être pauvre en Suisse est épuisant

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Après deux semaines, je mets fin à l’expérience. Après deux jours de reportage, c’est le week-end et je conduis ma fille à une fête d’anniversaire. C’est alors que je me rends compte que je n’arrive plus à faire face à ce surcroît d’organisation. Être pauvre m’a stressée: utiliser l’agent à bon escient, dégotter les offres les moins chères ou renoncer à une alimentation onéreuse demande des connaissances et du temps.

Même pour cette courte période, la pauvreté m’a été pénible. Mon entourage a immédiatement remarqué que j’avais changé mon mode de vie. J’ai aussi été moins agréable, parce que je ne pouvais pas aller au restaurant avec eux ou parce que je n’étais pas flexible au niveau des horaires à cause des billets dégriffés.

J’ai compris pourquoi la pauvreté vous rend seul. La majorité de la population en Suisse a un standard de vie élevé. Or la plupart des activités communautaires nécessitent de l’argent. Les gens se rencontrent dans les cafés, les restaurants ou lors d’événements. Ceux qui n’ont pas d’argent ne sont pas dans le coup.

Vivre dans un Pays de Cocagne et ne pas avoir d’argent est difficile à supporter en raison des tentations constantes. Grignoter un petit pain sec pendant que mon voisin mangeait des frites avec des hamburgers pour le déjeuner m’a demandé beaucoup de volonté.

Néanmoins, j’ai pu tirer quelque chose de positif de cette expérience. Certes, je ne pouvais pas acheter d’aliments bio ou de produits d’entretien écologiques, mais mon mode de vie était beaucoup plus respectueux de l’environnement et du climat que celui d’un Suisse moyen: pas de vols en avion, peu de mobilité, pas de frénésie d’achats, seulement les vêtements nécessaires, pas de gaspillage alimentaire, etc. Aussi peu attractive que cette conclusion puisse paraître, le mieux serait que nous les Suisses soyons un peu moins riches et travaillions un peu moins, afin d’organiser un style de vie plus modeste.

Conseils pour dépenser moins en Suisse

    Investissez beaucoup de temps dans la recherche d’un appartement bon marché. Les logements coopératifs ou subventionnés sont beaucoup moins chers, mais difficiles à trouver.Des économies peuvent être réalisées surtout sur la nourriture, les vêtements, les produits de nettoyage et les produits d’hygiène personnelle. Aldi et Lidl sont tendanciellement moins chers que Migros et Coop. Mais ceux qui achètent des marques de distributeurs et des aliments de base bon marché trouvent des prix assez bas. Peu avant la fermeture de leurs portes, les supermarchés font aussi de fortes réductions sur les produits presque arrivés à échéance. La viande est très chère en Suisse, il vaut donc la peine de vivre végétarien.Assurance-maladie: si vous prévoyez des frais de santé inférieurs à 2000 francs par an, choisissez la franchise la plus élevée. Vous supportez alors un risque, mais vous payez également des primes nettement moins élevées. Il vaut la peine d’opter chaque année pour l’assurance la moins chère.Transports en commun: Achetez des billets dégriffés sur votre application de téléphonie mobile ou sur Internet. Si vous voyagez souvent, il vaut la peine d’investir dans un abonnement demi-tarif.Prenez votre temps pour remplir votre déclaration d’impôt, afin de ne pas oublier les déductions. Dans certains cantons, il vaut la peine de payer ses impôts à l’avance en raison des intérêts compensatoires.

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